
De l'idée d'un défi
Les cinq années d'activité des Étoiles de Jena arrivant, je souhaitais marquer ce passage par une proposition créative, une effervescence de Beau, d'idées nouvelles et de partages qui puissent apporter à tous satisfaction et réussite dans la recherche autour des sujets proposés.
Les six thèmes proposés sur six semaines sont nés un soir de janvier, dans le sofa douillet de la maison-atelier et je ne les ai plus consultés ensuite, pour être au plus près de ce que les participants allaient expérimenter : Découvrir le sujet, réflechir ; intentionnellement et de manière 'subie' (en rêve, en songe, en pensée...) ; se mettre en action sur un projet, le finaliser même si l'on doute, partager son travail...
Mon regret principal est de n'avoir pas osé partager mon projet oralement auprès de mes connaissances, à cause de mon habituelle réserve et de la crainte de créer une obligation ou de profiter de contextes inadéquats pour inviter à cette collaboration.
Le temps et la création...
Les délais que je voulais plus incitatifs que contraignants, se sont quand même avérés être une source de stress pour ceux qui n'arrivaient pas au bout de leurs projets avant la parution du thème suivant.
Malgré tout, j'ai quand même à l'esprit de retenter l'expérience, avec, cette fois, plus de légèreté dans ma communication réelle.
L'absence de gain à l'issue du jeu est un choix conscient pour rester dans l'univers de la création pure, sans jugement et sans classement.

Les moteurs du jeu
Pour les professionnels, le défi devait être perçu comme une opportunité de créer des choses différentes, tout en concevant un projet par semaine grâce à un timing limité et à un thème donné. Pour les créateurs amateurs, mais non moins précis dans leur domaine, c'est l'occasion de mettre le pied à l'étrier et de se pousser à suivre un rythme et une rigueur qui ne seraient pas nécessaires en dehors du jeu.
Oui ! Nous rentrons enfin dans le vif du sujet ! J'avais envie de vous partager les cheminements autour des bijoux que j'ai confectionnés à l'occasion du défi. Car, si les réseaux offrent de la visibilité, l'occasion de faire de jolis clichés, de partager des visuels, il leur manque un pan important de la démarche créative. Une incitation à faire court, dynamique, rapide, à maximiser ses chances "d'être lu" nous pousse à réduire la substance à un minimum qui s'affranchit de l'essence du travail. En effet, la réflexion demeure une facette importante.
[Pour le premier thème...]
Pour le premier thème, Philtre d'amour, j'avais rapidement opté pour une création qui me poussait dans mes "retranchements". L'aspect creux, en trois dimensions de mon projet m'imposait une rigueur géométrique et une connaissance de mes outils que je n'avais pas anticipées. Finalement, les calculs que mon allié des mathématiques me proposait s'avérèrent inutiles quand j'ai compris que les demi-sphères qui constituaient la fiolette de Philtre d'amour, n'en étaient pas ! (rire) Toute la difficulté résidait dans la soudure des éléments entre eux... Malgré l'approximation, le résultat se révéla plus que satisfaisant ! (soulagement)
C'est tout le plaisir de la bijouterie telle que pratiquée à l'atelier des Étoiles de Jena : des solutions naissent au fil de la conception. C'est véritablement dans le métal que les problématiques trouvent d'heureuses résolutions. La fiole de philtre d'amour était née avec son petit bouchon. Le concept de bijou-écrin, inexploré jusqu'alors, avait apporté beaucoup de poésie à la réalisation.
Alors que je précisais aux autres participants que les délais n'étaient pas nécessairement à suivre à la lettre, je m'imposai le contraire afin de pouvoir sortir le nouveau thème le samedi qui suivait et de tenir mon engagement : le stress et la précipitation étaient les écueils de cette organisation.
[Le thème numéro 2...]
Le thème numéro 2 sortait le 14 février. Une envie de nature au milieu de l'hiver pluvieux, m'avait sans doute poussée à proposer de créer autour du "Retour d'une balade dans les bois". De mon côté, c'était un peu la panne. Le problème du sujet ? Il était à cheval entre une extrême liberté et le risque de fouler des sentiers battus et rebattus... J'exigeai de moi-même de me pousser à expérimenter de nouvelles choses et je redoutai de stagner dans un univers de créations toutes plus figuratives les unes que les autres. Pourtant, les boucles d'oreilles 'feuillage' étaient nées à l'établi. La recherche s'était plutôt portée sur la technique que sur le sujet : graver de petites nervures, incurver de petites feuilles pour que l'argent attrape davantage la lumière... La démarche faisait partie du processus, presque plus que le résultat.
Même si ces thèmes étaient sortis de mon imagination, créer n'était pas pour autant source de quiétude !
[21 février à bord du vaisseau créatif...]
21 février à bord du vaisseau créatif, le thème numéro 3 sortait ! 'Le Relief' venait sauver mon problème de figuration ! Tout cela grâce à un pêle-mêle de mots qui me mena à rechercher la rugosité, la texture et fit progressivement naître le projet de la bague Gwern, dont le principe essaimera ensuite... Au moyen d'un martelage de l'argent recuit* sur de belles roches de la Pointe du Guern, à l'aide de mes précieux marteaux, je transférai les imperfections minérales sur le métal. Je ramenai l'objet de mon travail à l'atelier-maison et j'élaborai une bague à partir de ce morceau d'argent accidenté. Une fois le projet quasi achevé, une idée de finition m'apparut comme le genre de nécessité qui vous chatouille jusque dans les méninges ! Il fallait défaire et refaire. J'ajoutai la touche finale : un renfort à la fois esthétique et consolidant en bordure du bijou. Ouf ! c'était bien ce qu'il manquait. L'expérience m'avait poussée là où je n'étais encore jamais allée.
Le défi créatif prenait tout son sens et ouvrait sur des déclinaisons de bijoux issues de la technique brute que j'avais découverte.



[...et le thème 4 sortait...]
Nous étions à la moitié du défi créatif et le thème 4 sortait : Animal totem. Le résultat, pour ceux qui le connaissent déjà, est fait d'une bonne dose d'auto-dérision ! En effet, une petite pampille en forme d'escargot est la création finale que j'ai proposée : symbole de ma lenteur, de mes tergiversations à l'établi et un peu aussi de mon insatisfaction... Je dois avouer que je suis plus à l'aise lorsque ma quête créative est esthétique plutôt que cérébrale. Pourtant, ce n'est pas sans plaisir que je cheminai au travers de recherches croquées à la va-vite avec mon crayonnage imparfait ! Pour cette fois, le figuratif m'inspirait car j'aurais rêvé créer un macareux en argent, en hommage à toutes ces petites créatures des marées qui ne trouvent plus de quoi se repaître par la faute certaine de notre inconséquence. Mais... c'est un petit escargot, non sans charme, petit anti-héros qui allait incarner mon animal totem !
[Thème numéro 5.]
Thème numéro 5. Alors qu'on approchait de la fin du défi avec un mélange de lassitude et de nostalgie anticipée, déjà, la participation s'était un peu dissipée. Le thème 'Souvenir(s)' poussait les créateurs à l'introspection, au travail intérieur et peut-être à des révélations trop sincères. De mon côté, je fouillai dans les livres, dans les œuvres qui m'avaient émues au cours de mes études, dans les formes historiques : colonnes, pilastres, linteaux monumentaux... J'avais premièrement envie d'architecture. Enfin, de suggérer l'architecture. Mais je ne voulais pas non plus risquer de piocher dans une imagerie chrétienne qui n'aurait pas été représentative de mes aspirations. Les souvenirs sont complexes à représenter, d'autant plus en bijouterie. De la thématique du souvenir, j'avais aussi eu envie de m'orienter vers la réplique de bijoux ancestraux, de m'inspirer des objets de l'époque mycénienne, lointaine, de creuser dans les reliques étrusques... Et c'est sur ce chemin de réflexion, que m'est revenu, tranquillement, la veille de la sortie du nouveau et dernier thème, le souvenir d'un bijou très cher à mon cœur que ma grand mère m'avait donné avec toute son affection. C'était un soleil, bosselé, humanisé, inca, en argent, symbole porte-bonheur de la taille d'une pièce de monnaie, que j'avais sottement égaré dans une combinaison néoprène au cours d'une baignade, un jour chaud (et ensoleillé) sur la plage de mon enfance avec ma bonne amie de jeunesse. J'étais tellement émue de ce souvenir que j'ai saisi cette émotion pour mon avant-dernier projet du défi. Et voilà qu'une réplique de soleil Inti germait sous le feu et les marteaux de l'établi, d'après mémoire !
[La parution du sixième et dernier thème...]
La parution du sixième et dernier thème fut marquée par une erreur de vocabulaire ; le moelleux sofa du début de mon récit, et l'heure un peu avancée au moment de la création des sujets du défi étaient certainement en cause... "Solstice" aurait en effet du s'appeler Équinoxe : jour de printemps !
J'essayai donc de glisser une correction dans les réseaux (a)sociaux.
Et ma création s'était imprégnée de l'abstrait du sujet et de l'originalité de la matière pour sortir sous forme de bague. J'explorai la matière grâce à l'intégration du cuivre. Je suggérai la planète à l'aide de la technique. (réticulation*)
Et mon dernier bijou était prêt à vous être partagé.
F I N
Lena, Les étoiles de Jena
* réticulation : procédé technique qui vise à créer une surface imparfaite à l'aide de la chaleur. Le fait de faire bouillir la surface d'un métal lui donne cet aspect granuleux, parfois minéral ou végétal, très aléatoire.







































